De l’open data à l’open science : retour réflexif sur les méthodes et pratiques d’une recherche sur les données géographiques

Auteurs/Authors : Nathalie Pinède, Matthieu Noucher, Françoise Gourmelon, Karel Soumagnac-Colin

Nous mobilisons ici l’expérience d’un projet de recherche en cours pour analyser la façon dont les nouveaux terrains d’expérimentations sur le web, modifient les conditions de la pratique scientifique, des objets aux méthodes, de l’open data à l’open science.

La massification des données géographiques disponibles sur le web reconfigure les dynamiques de recherche selon trois axes de transformation : les objets, les méthodes et les pratiques de recherche. Tout d’abord, nous soulignerons comment les enjeux de pouvoir autour de la cartographie se sont déplacés avec l’avènement du web et de l’open data.

Nous développerons ensuite les impacts en matière de méthodologie de recherche dans un contexte d’approche interdisciplinaire. Enfin, nous montrerons comment ce projet de recherche s’inscrit dans une démarche de type open science.

URL : https://rfsic.revues.org/3200

La communication scientifique directe vers un public élargi. L’actualité sociale traitée par des chercheurs dans les carnets de recherche Hypothèses

Auteur/Author : Ingrid Mayeur

Cette contribution entend questionner un type de médiation sociale qu’autorise la communication scientifique en régime d’accès ouvert, à savoir la divulgation de connaissances en sciences humaines et sociales – ci-après SHS – auprès d’un public dépassant la seule sphère académique.

Je prendrai pour terrain d’investigation la plateforme d’édition numérique OpenEdition, et plus spécifiquement Hypothèses, espace de blogging scientifique. Il sera question d’une modalité particulière de divulgation, qui est le traitement de l’actualité par des chercheurs à travers leurs grilles de lectures disciplinaires en sciences humaines et sociales.

Dans l’exploration du corpus, je mettrai l’accent sur les modes d’appropriation du dispositif éditorial d’Hypothèses par les chercheurs qui y commentent l’actualité, les auditoires et usages que laissent entrevoir les textes, ainsi que les procédés discursifs d’ajustement mis en œuvre.

J’espère ainsi contribuer à décrire les caractéristiques de la médiation produite par cette forme de traitement de l’actualité, pour mettre en cause le caractère direct de la communication scientifique sur un carnet de recherche en ligne inscrit dans une plateforme d’édition numérique en accès ouvert.

URL : https://rfsic.revues.org/3224

Le libre accès vu d’Afrique francophone subsaharienne

Auteurs/Authors : Florence Piron, Antonin Benoît Diouf, Marie Sophie Dibounje Madiba, Thomas Hervé Mboa Nkoudou, Zoé Aubierge Ouangré, Djossè Roméo Tessy, Hamissou Rhissa Achaffert, Anderson Pierre, Zakari Lire

Vu d’Afrique francophone subsaharienne, le combat pour le libre accès prend un sens autre que celui qui a cours dans les pays du Nord. Le détour proposé dans cet article vise à mettre au jour des enjeux qui restent souvent invisibles dans les débats autour du libre accès, notamment les mécanismes d’exclusion mis en place par le système-monde de la publication scientifique, dominé par le modèle marchand anglo-saxon.

Nous montrerons qu’une conception du libre accès qui se limite aux questions juridiques et techniques de l’accessibilité de la science sans réfléchir aux rapports entre centre et périphérie peut devenir une source d’aliénation épistémique et de néocolonialisme dans les pays des Suds.

En revanche, si on intègre le souci de la mise en valeur des savoirs produits dans la périphérie et la conscience de tout ce qui freine la création de ces savoirs, le libre accès peut devenir un outil de justice cognitive au service de la construction d’un universalisme inclusif propre à une science ouverte juste.

URL : https://rfsic.revues.org/3292

Les mécanismes de centralisation des données de la recherche. Étendre l’accès libre à l’hébergement libre

Auteur/Author : Chloé Girard

Derrière leur accès ouvert, qu’en est-il de l’hébergement des données de la recherche ? L’accès libre peut être exclusif et l’hébergement complètement centralisé. Qu’en est-il alors d’une science « ouverte » dont les chercheurs useraient des données, comme des données d’usage, à leur gré ?

L’exclusivité et la centralisation ne sont pas compatibles avec la diversité des modes d’exploitation des contenus et par conséquent avec l’innovation. Nous verrons ici les mécanismes, sociaux, économiques et techniques qui, à tous les niveaux de la chaîne de publication, induisent pourtant cette centralisation jusque dans les sphères les plus enclines au libre.

Nous proposerons des solutions pour penser et mettre en œuvre cet impensé de l’hébergement et de l’exploitation distribués et ouverts pour une science ouverte.

URL : https://rfsic.revues.org/3255

Qui dépose quoi sur Hal-SHS ? Pratiques de dépôts en libre accès en sciences humaines et sociales

Auteurs/Authors : Annaïg Mahé, Camille Prime-Claverie

Hal-SHS est la partie de la plateforme française HAL pour les sciences humaines et sociales où la production scientifique des chercheurs peut être rendue visible par le dépôt de notices de documents, et éventuellement librement accessible par le dépôt de fichiers associés.

Afin de comprendre qui dépose quoi, nous avons moissonné un corpus de 336 160 enregistrements à partir de l’entrepôt OAI de Hal-SHS correspondant aux notices déposées sur la plateforme depuis ses débuts, en 2002, jusqu’à 2016 inclus.

Les analyses statistiques effectuées sur ces données nous ont permis d’observer une forte implication des chercheurs dans l’auto-archivage et des différences disciplinaires qui se traduisent par des logiques de dépôts contrastées (communication scientifique directe, archivage, recensement et référencement).

Au final, l’étude fait apparaître que la plateforme est davantage utilisée en tant qu’outil de mise en visibilité de la production scientifique, avec le texte intégral comme une simple option, différemment appréciée selon les disciplines.

URL : https://rfsic.revues.org/3315

La construction de la valeur économique d’une revue en chimie. Le cas du Journal of the American Chemical Society (1879-2010)

Auteur : Marianne Noel

Dans le domaine de la chimie, la facturation de l’article à l’auteur est devenue depuis quelques années la modalité principale d’open access. Le montant des frais (appelés Article Processing Charges ou APC) varie de quelques centaines à quelques milliers d’euros par article selon la revue.

Cet article propose un récit historique (1879-2010) qui suit un mécanisme méconnu antérieur à celui du paiement à l’article : la tarification à la page. Il prend pour étude de cas le Journal of the American Chemical Society-JACS, un périodique créé en 1879 par l’American Chemical Society, la plus importante société savante en chimie.

Nous proposons une chronologie en cinq périodes qui reposent sur différentes modalités de coordination marchande. Cette enquête, réalisée dans le contexte états-unien, souligne le rôle essentiel de l’État et permet d’interroger la fonction changeante de la revue dans la longue durée.

URL : https://rfsic.revues.org/3281

 

Mesurer les dépenses d’APC : méthodologie et étude de cas. Approche comparée Aix Marseille Université – Université de Lorraine

Auteurs/Authors : Marlène Delhaye, Jean-François Lutz

Souvent abusivement désigné comme le modèle « auteur-payeur », l’open access gold est généralement financé en amont par les institutions d’enseignement supérieur et de recherche qui éditent et diffusent les revues.

De fait, le DOAJ (Directory of Open Access Journals) recense 67 % de revues en open access – dont la RFSIC – ne demandant aucun frais de publication aux auteurs. Le tiers de revues restant s’appuyant sur le paiement par les auteurs – ou leur institution de rattachement le plus souvent – de frais de traitement (Article Processing Charges, APC) pour assurer la diffusion ouverte des articles que celles-ci ont accepté de publier.

À ces revues s’ajoutent les revues traditionnellement disponibles sur abonnement qui proposent une option de diffusion en open access à l’article : il s’agit du modèle de l’open access « hybride ».

Le suivi de l’évolution des coûts engendrés par l’open access gold aussi bien que par l’open access hybride suscite un intérêt depuis la fin des années 2000. Il devient crucial dans certains pays (Royaume-Uni) à compter de 2012 et est désormais un enjeu reconnu à l’échelon européen. Après avoir présenté l’état de la réflexion européenne dans le domaine du suivi des dépenses d’APC, l’étude s’attache à présenter trois méthodes de suivi qui peuvent être mises en place au sein d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche : utilisation d’une base de données bibliographique ; sollicitation des éditeurs et recours au logiciel comptable. Ces méthodes ont été appliquées à deux universités (Aix-Marseille Université et l’Université de Lorraine) sur des données allant de deux à trois années (2013-2015).

L’article présente de premiers résultats qui permettent d’identifier et de discuter des forces et des faiblesses de chacune des approches méthodologiques évoquées.

URL : https://rfsic.revues.org/3238