L’obsession de la productivité et la fabrique du chercheur publiant

Auteur/Author : Franck Aggeri

À quoi rêvent les jeunes doctorants en gestion lorsqu’ils débutent leur thèse ? Leurs aspirations ne diffèrent pas fondamentalement de celles des doctorants d’autres disciplines : ils valorisent l’autonomie supposée du métier, la réflexion et les discussions intellectuelles, la lecture, la création, l’écriture, la pédagogie.

Cette vision romantique du métier est souvent renforcée par la rencontre avec des enseignants-chercheurs qui leur ont donné le goût de la réflexion, leur ont fait découvrir l’esthétique de l’écriture et de l’argumentation, des textes marquants ou des recherches de terrain originales.

Bref, ils rêvent souvent de devenir des enseignants-chercheurs singuliers. Modèle des singularités vs modèle productif Le modèle des singularités dans la recherche, rappelle Lucien Karpik, est celui auquel se réfèrent traditionnellement les chercheurs.

Il repose sur une orientation symbolique « autour d’un ensemble de normes et de valeurs classiques : la découverte comme finalité, l’importance de l’originalité, de l’ambition et du plaisir intellectuel, un imaginaire enraciné dans l’histoire de la science, la position centrale du jugement des pairs, le pouvoir collégial ou semi-collégial, une conception du métier organisée autour de l’indépendance individuelle, une compétition animée par la volonté d’être le premier à découvrir et le premier à publier, le premier reconnu et le premier primé » (Karpik, 2012, p. 119).

À rebours du modèle des singularités, se développe depuis quelques années, notamment en économie et en sciences de gestion, un modèle productif qui repose sur une performance « objective » mesurée à partir d’une métrique simple : le nombre de publications de rang A.

URL : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01368023

Liberation through Cooperation: How Library Publishing Can Save Scholarly Journals from Neoliberalism

Author : Dave S. Ghamandi

This commentary examines political and economic aspects of open access (OA) and scholarly journal publishing. Through a discourse of critique, neoliberalism is analyzed as an ideology causing many problems in the scholarly journal publishing industry, including the serials crisis.

Two major efforts in the open access movement that promote an increase in OA funded by article-processing charges (APC)—the Open Access 2020 (OA2020) and Pay It Forward (PIF) initiatives—are critiqued as neoliberal frameworks that would perpetuate existing systems of domination and exploitation.

In a discourse of possibility, ways of building a post-neoliberal system of journal publishing using new tactics and strategies, merging theory and praxis, and grounding in solidarity and cooperation are presented.

This includes organizing journal publishing democratically using cooperatives, which could decommodify knowledge and provide greater open access.

The article concludes with a vision for a New Fair Deal, which would revolutionize the system of scholarly journal publishing by transitioning journals to library publishing cooperatives.

URL : Liberation through Cooperation: How Library Publishing Can Save Scholarly Journals from Neoliberalism

DOI : https://doi.org/10.7710/2162-3309.2223

L’ouverture des données publiques : un bien commun en devenir ?

Auteurs/Authors : Valérie Larroche, Marie-France Peyrelong, Philippe Beaune

Cet article interroge les données ouvertes en tant que bien commun. Le traitement préalable effectué sur les données à mettre à disposition permet de créer une ressource partagée et, à première vue, possède le potentiel pour être un bien commun. L’article relève plusieurs points d’achoppement qui nuancent cette affirmation.

Le premier argument provient des licences qui n’exigent pas du fournisseur de données en temps réel une continuité du service.

Le deuxième argument pointe le rôle du ré-utilisateur de la donnée qui ne participe pas à la gouvernance de la donnée.

Enfin, le dernier argument souligne le fait que les collectivités impliquées dans les communs urbains ne présentent pas l’open data comme tel.

Nos justifications sont le fruit d’analyses de portails de villes et d’entretiens menés auprès de ré-utilisateurs de données ouvertes.

URL : L’ouverture des données publiques : un bien commun en devenir ?

Alternative location : http://journals.openedition.org/ticetsociete/2466

La gouvernance de Wikipédia : élaboration de règles et théorie d’Ostrom

Auteur/Author : Gilles Sahut

La réussite de Wikipédia est fréquemment attribuée à la pertinence de sa gouvernance. Toutefois, il n’existe pas de consensus scientifique pour la caractériser.

Dans cette étude empirique, nous nous penchons sur une facette de cette gouvernance au sein de la Wikipédia francophone : les modalités de construction de deux règles liées à la citation des sources.

Elles sont étudiées au travers de la théorie d’Ostrom sur les communs. Nous montrons que ces règles sont discutées et écrites par une minorité de contributeurs particulièrement impliqués. Ainsi, il n’y a pas, dans Wikipédia, de « classe politique » coupée du terrain.

Nous soulignons également l’influence du dispositif communicationnel interne sur ce processus ainsi que celle de la Wikipédia anglophone.

URL : La gouvernance de Wikipédia : élaboration de règles et théorie d’Ostrom

Alternative location : http://journals.openedition.org/ticetsociete/2426

Le partage de quels savoirs ? Les articles Wikipédia comme objets-frontières

Auteurs : Maude Gauthier, Kim Sawchuk

Wikipédia se présente comme un projet d’encyclopédie collective, un espace auquel chacun peut contribuer dans la mesure où ses principes fondateurs et ses règles sont respectés.

Dans cet article, nous réfléchissons à notre intégration et à notre contribution aux communautés éditoriales de Wikipédia. Nous avons modifié et créé une série d’articles Wikipédia reliés à la thématique du vieillissement afin qu’ils incluent les études critiques et culturelles du vieillissement.

Le partage en ligne de ce type de connaissances nous semble important, voire nécessaire, puisque ces études restent souvent sous-représentées en dehors des milieux universitaires. Remarquant de telles lacunes dans Wikipédia, nous avons saisi l’occasion de contribuer à ce commun des connaissances et d’étudier les questions de gouvernance qui ont émergé au fil de nos contributions.

Au-delà d’un exercice de vulgarisation, notre excursion dans le monde de Wikipédia nous a permis de constater que certaines entrées agissent comme des objets-frontières, des lieux de contestation entre différentes communautés de pratiques.

Pour élaborer notre propos, nous nous concentrons sur deux cas, celui du Centre for Women, Ageing and Media dans Wikipédia en anglais et celui de Technologies et vieillissementdans Wikipédia en français.

URL : Le partage de quels savoirs ? Les articles Wikipédia comme objets-frontières

Alternative location : http://journals.openedition.org/ticetsociete/2408

Une introduction aux communs de la connaissance

Auteur/Author : Hervé Le Crosnier

Nous proposons une introduction aux communs de la connaissance qui s’appuie sur une tentative de définir les communs eux-mêmes, pour évaluer ensuite ce qui s’y rapporte dans les domaines intangibles du savoir et du numérique.

Il apparaît difficile d’avoir une définition canonique des communs. Malgré un corpus scientifique en augmentation rapide, il subsiste des approches différentes selon les pays, les régions, les cultures…

Mais cela est certainement un bienfait : les communs sont avant tout le résultat d’une expérience vécue. L’article présente différentes approches des communs, à la fois dans les débats théoriques et dans les pratiques des mouvements associés au partage de ressources.

Il documente le passage d’une théorie appliquée à des ressources localisées vers des pratiques coopératives élargies grâce au numérique.

URL : Une introduction aux communs de la connaissance

Alternative location : http://journals.openedition.org/ticetsociete/2481

Evaluating the replicability of social science experiments in Nature and Science between 2010 and 2015

Authors : Colin F. Camerer, Anna Dreber, Felix Holzmeister, Teck-Hua Ho, Jürgen Huber, Magnus Johannesson, Michael Kirchler, Gideon Nave, Brian Nosek, Thomas Pfeiffer, Adam Altmejd, Nick Buttrick, Taizan Chan, Yiling Chen, Eskil Forsell, Anup Gampa, Emma Heikensten, Lily Hummer, Taisuke Imai, Siri Isaksson, Dylan Manfredi, Julia Rose, Eric-Jan Wagenmakers, Hang Wu

Being able to replicate scientific findings is crucial for scientific progress. We replicate 21 systematically selected experimental studies in the social sciences published in Nature and Science between 2010 and 2015.

The replications follow analysis plans reviewed by the original authors and pre-registered prior to the replications. The replications are high powered, with sample sizes on average about five times higher than in the original studies.

We find a significant effect in the same direction as the original study for 13 (62%) studies, and the effect size of the replications is on average about 50% of the original effect size. Replicability varies between 12 (57%) and 14 (67%) studies for complementary replicability indicators.

Consistent with these results, the estimated true positive rate is 67% in a Bayesian analysis. The relative effect size of true positives is estimated to be 71%, suggesting that both false positives and inflated effect sizes of true positives contribute to imperfect reproducibility.

Furthermore, we find that peer beliefs of replicability are strongly related to replicability, suggesting that the research community could predict which results would replicate and that failures to replicate were not the result of chance alone.

URL : Evaluating the replicability of social science experiments in Nature and Science between 2010 and 2015

DOI : https://doi.org/10.1038/s41562-018-0399-z